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W ou le souvenir d'enfance
de Georges Perec
Deux textes. Le premier est une fiction qui met
en scène une société imaginaire, W, régit
par l'idéal olympique. Le deuxième comme par "Je
n'ai pas de souvenir d'enfance" et est le récit
de l'enfance de Georges Perec. En apparence, il n'y a aucun lien,
mais peut-être faut-il chercher entre les lignes pour le découvrir...
J'aurais envie de reprendre les explications même de Georges
Perec sur W ou le souvenir d'enfance pour caractériser
ce livre qui n'est pas un parmis d'autres.
L'auteur met en scène deux récits dont , comme il
le dit, "il pourrait sembler qu'ils n'ont rien en commun"
mais alors se serait oublier le sens caché et la portée
de ce roman atypique qui a marqué l'histoire littéraire
de la seconde moitiée du XXème siècle.
En réalité, les deux récits "sont inextricablement
enchevêtrés, comme si aucun des deux ne pouvaient exister
seul". Ils se complètent, se répondent, s'éclairent
respectivement, l'un comblant les lacunes et les trous de l'autre.
W, est une histoire purement imaginaire au premier
abord. Elle commence avec le récit à la première
personne de Gaspard Winckler et puis elle s'arrête brusquement,
marquée par trois points de suspension qui nous laissent
en suspend.
Lorsque le récit de W reprend dans la seconde
partie du livre, c'est une description qui prend place : peu à
peu le lecteur entre dans la société W, dans cette
île de la Terre de Feu, où l'ordre, la discipline et
le sport olympique sont les valeurs placées au dessus de
tout.
W paraît d'abord comme une cité idéale, bien
réglée, mais très vite les premiers doutes
s'installent jusqu'à ce que la description devienne de plus
en plus insoutenable à lire. Le texte, écrit par Perec,
selon ses dires, à douze - quinze ans, est finalement le
reflet fictionnel d'une réalité terrible : les camps
de concentration. Au départ le rapprochement n'est pas vraiment
visible puis de plus en plus on sent bien que c'est de ça
qu'il est question, jusqu'au dernières lignes, qui vous glacent
le sang. Cette histoire là, celle de W, ne
peut pas nous laisser indifférent. C'est le récit
le plus marquant des deux dans W ou le souvenir d'enfance.
Le souvenir d'enfance, lui, commence par un dénie
: "Je n'ai pas de souvenir d'enfance" affirme Georges
Perec. Pourtant au fil d'images retrouvées, de descriptions
de photographies, de lieux, de souvenirs fragmentaires de l'école,
de la famille, Georges Perec livre le récit fragmentaire
de son enfance. Une autobiographie à la fois vraie et fausse,
où les souvenirs de l'enfant ne sont jamais certains, parfois
même empruntés à d'autres. Ce sont des bribes,
des hypothèses éparses, des anecdotes maigres qui
au fond, font plus vraies que les récits bien structurés
de Jules Vallès avec l'Enfant,
de Jean-Jacques Rousseau, d'Hervé Bazin. Georges Perec ne
cache pas la difficulté d'écrire sur une enfance devenue
lointaine, marquée par la guerre et par le traumatisme.
W ou le souvenir d'enfance présente donc deux
textes radicalement différents sur le plan de l'écriture.
W pourrait se caractériser par un récit
qui au court de la lecture devient la description ethnologique,
sans concession, sans sentiment mais avec une pointe d'ironie, sur
une société imaginaire. Le second, Le souvenir
d'enfance, est un assemblage éparses de souvenirs
qui s'enchaînent avec une demie cohérence. L'autobiographie
s'achève sur une explication de l'écriture de W,
en lien avec le traumatisme des camps de concentration où
sa mère mourut.
Quoi qu'il en soit, à leur manière, les deux récits
sont forts et on ne peut pas rester de marbre face à une
telle lecture dont l'intensité dramatique est de plus en
plus élevée, comme une tragédie classique de
Racine où l'acmée se situe dans les dernières
phrases, dans les derniers mots. Bien écrit, W ou le
souvenir d'enfance est un renouvellement original de l'autobiographie,
qui se sert de la fiction pour traduire ce qu'aucune réalité
humaine n'aurait pu imaginer et qui pourtant, est bel et bien arrivé.
Ne pouvant pas l'écrire frontalement, Georges Perec utilise
la distance de la fiction pour faire passer le traumatisme qui a
marqué une partie de son enfance, de sa vie.
Les avis des internautes sur ce livre
: 
A propos de Geoges Perec
Georges Perec est né en 1936 et mort en 1982. Il est devenu
membre de l'Oulipo (sorte d'association d'écrivains et mathématiciens)
à partir de 1967. Une grande partie de ses uvres sont
fondées sur l'utilisation de contraintes formelles littéraires
ou mathématiques qui marquent son style, à l'image
de plusieurs membres de l'Oulipo dont le plus connu est Raymond
Queneau. Il a perdu très tôt ses parents comme il le
raconte dans W ou le souvenir d'enfance. Son premier
roman date de 1965 : Les Choses, pour lequel il reçoit
le prix Renaudot. Suivront entre autres : Un Homme qui dort
(1967), La Disparition (1969), Les Revenantes
(1972), W ou le souvenir d'enfance (1975), Je
me souviens (1978) et La Vie mode d'emploi
(1978).
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